PER et réforme fiscale 2027 : ce que les candidats à la présidentielle prévoient pour l’épargne retraite

On en parle peu, mais c’est une question qui mérite franchement d’être posée : et si les prochaines élections présidentielles remettaient en cause les avantages fiscaux du Plan d’Épargne Retraite ? Depuis son lancement en 2019, le PER a convaincu des millions de Français. Sauf qu’en 2027, le paysage politique pourrait changer du tout au tout — et avec lui, les règles du jeu fiscal.

 

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Le PER, un succès qui repose sur une promesse fiscale

Rappelons rapidement pourquoi le PER a autant séduit. Son atout principal, c’est la déductibilité des versements du revenu imposable. Concrètement, si vous êtes dans une tranche à 41 %, chaque euro versé sur votre PER vous économise 41 centimes d’impôt. Sur le papier, c’est difficile de faire mieux comme incitation à épargner pour la retraite.

Résultat : fin 2023, on dépasse les 10 millions de titulaires de PER en France, pour un encours qui frôle les 100 milliards d’euros. Un succès commercial indéniable pour les assureurs et les banques — mais aussi, il faut le dire, un coût fiscal non négligeable pour l’État.

Et c’est précisément là que le bât blesse quand on se projette en 2027.

Pourquoi 2027 pourrait tout changer

La France aborde cette échéance présidentielle dans un contexte budgétaire sous tension. Le déficit public dépasse les 5 % du PIB, la dette continue de grimper, et les marges de manœuvre se rétrécissent. Dans ce contexte, les niches fiscales — dont fait partie la déduction PER — sont des cibles toutes désignées pour des gouvernements en quête d’économies.

Ce n’est pas une hypothèse fantaisiste. En 2013 déjà, le plafonnement global des niches fiscales avait durci les conditions de nombreux dispositifs d’épargne. Rien n’empêche un futur gouvernement de remettre le couvert.

Ce que les principales tendances politiques envisagent

Sans entrer dans un recensement exhaustif programme par programme — ils ne sont de toute façon pas encore finalisés —, on peut identifier quelques grandes lignes selon les sensibilités politiques en présence.

La gauche : une remise en cause probable

Du côté de La France Insoumise et, dans une moindre mesure, du Parti Socialiste, la tonalité est claire : les niches fiscales qui profitent davantage aux ménages aisés sont dans le viseur. Le PER, par construction, avantage surtout ceux qui paient le plus d’impôts — autrement dit les tranches à 30 %, 41 % ou 45 %. Un cadre supérieur économise beaucoup plus qu’un employé modeste sur un versement identique.

Jean-Luc Mélenchon a régulièrement dénoncé ces mécanismes comme des « cadeaux fiscaux pour les riches ». Une victoire à gauche en 2027 ferait peser un risque réel sur la déductibilité dans sa forme actuelle. L’hypothèse d’un plafonnement renforcé, voire d’une transformation en crédit d’impôt à taux fixe (ce qui avantagerait les bas revenus mais diminuerait l’intérêt pour les hauts revenus), est régulièrement évoquée dans les cercles de réflexion proches de ces partis.

La droite et le centre : statu quo ou ajustements à la marge

Emmanuel Macron ne peut pas se représenter. Mais les héritiers de sa ligne — qu’il s’agisse d’un éventuel candidat Renaissance ou d’une figure de droite modérée — auraient plutôt tendance à préserver les dispositifs existants. Le PER a été créé sous ce gouvernement, il serait politiquement compliqué de le démanteler brutalement.

Côté LR, on plaide généralement pour maintenir les incitations à l’épargne longue, jugées bénéfiques pour financer l’économie productive. Là encore, pas de révolution annoncée — mais des ajustements techniques restent toujours possibles, notamment sur les plafonds ou les modalités de sortie.

L’extrême droite : la grande inconnue

Le Rassemblement National, si Marine Le Pen ou Jordan Bardella venait à accéder à l’Élysée, présente un profil plus difficile à cerner sur ce sujet précis. Les positions du RN sur la fiscalité de l’épargne sont moins détaillées que sur d’autres thèmes. On sait qu’ils sont favorables à une fiscalité allégée de manière générale, mais aussi qu’ils ont des promesses sociales coûteuses (retraites anticipées, TVA réduite sur l’énergie…) qui nécessiteraient des financements. La tentation de toucher aux niches fiscales des « classes moyennes supérieures » n’est pas à exclure dans ce scénario.

Les scénarios concrets pour les épargnants

Alors, que pourrait-il se passer en pratique ? Quelques scénarios méritent d’être envisagés sérieusement.

Le plafonnement renforcé : l’avantage fiscal serait maintenu mais plafonné à un montant absolu plutôt qu’à un pourcentage du revenu. Résultat : moins d’intérêt pour les hauts revenus, mais le dispositif reste en vie.

La transformation en crédit d’impôt : au lieu de déduire du revenu imposable, vous bénéficieriez d’un crédit d’impôt calculé à un taux fixe (disons 20 %). Avantage pour les petits contribuables, désavantage significatif pour ceux dans les tranches élevées.

La remise en cause de la sortie en capital : une des grandes innovations du PER, c’est justement de pouvoir récupérer son épargne en capital à la retraite (contrairement à l’ancien PERP). Un gouvernement pourrait vouloir revenir sur cette flexibilité pour forcer la sortie en rente, ce qui rendrait le produit beaucoup moins attractif.

Le gel des plafonds : option moins visible mais efficace. En ne revalorisalisant pas les plafonds de déduction pendant plusieurs années, l’avantage s’érode progressivement en termes réels.

Ce que ça change pour vous, maintenant

La question n’est pas de céder à la panique, mais d’avoir conscience du risque politique qui pèse sur ce placement. Un PER reste un excellent outil d’optimisation fiscale dans le cadre actuel — la question est de savoir si ce cadre va durer.

Quelques réflexions pratiques :

  • Si vous êtes proche de la retraite (horizon 5-7 ans), le risque est moindre : les lois fiscales touchant l’épargne retraite s’appliquent rarement rétroactivement aux sommes déjà versées.
  • Si vous commencez tout juste à construire votre épargne retraite, il est raisonnable de ne pas concentrer tous vos efforts sur le PER uniquement, et de diversifier avec d’autres enveloppes (assurance-vie, immobilier, PEA).
  • Les versements réalisés avant une éventuelle réforme bénéficient généralement des règles en vigueur au moment du versement pour la déduction. Autrement dit, l’avantage fiscal passé ne disparaît pas rétroactivement.

Il faut aussi rappeler que modifier en profondeur un dispositif qui concerne 10 millions d’épargnants n’est pas anodin politiquement. Aucun gouvernement n’a envie d’apparaître comme celui qui a « trahi » des millions de ménages qui ont fait confiance à une promesse de l’État.

Conclusion

Le PER reste aujourd’hui l’un des outils les plus puissants pour réduire sa facture fiscale tout en préparant sa retraite. Mais 2027 approche, et avec elle une incertitude réelle sur la pérennité de ses avantages. La sagesse, c’est probablement d’en profiter maintenant — sans pour autant en faire le pilier unique de votre stratégie patrimoniale. Diversifier reste le meilleur rempart contre les revirements politiques, quels qu’ils soient.

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